Sujet: restitution de la participation de l'EPFL au "congrès mondial des responsables de formation d'ingénieurs et des dirigeants d'industrie" organisé à Paris conjointement par l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la Science et la Culture) et l'UATI (Union internationale des associations et organismes Techniques) et portant sur Télépoly (télé-enseignement et télé-conférence) et Mbone.
Messieurs les Professeurs, Messieurs,
Donnant suite à ma présentation lors de ce congrès de deux expériences, Télépoly et Mbone, auxquelles l'EPFL participe activement, je tenais à vous en restituer l'essentiel.
Pour rappel, cette participation a été sollicitée par l'école polytechnique de Turin par l'intermédiaire de Monsieur Merk de l'office pour les relations internationales de l'EPFL. La session portait sur les thèmes "Educational Paradigms and Experiences" et "New Technologies in Education: Virtual Reality, Multi-Media and open and Distance Education". C'est en tant que responsable depuis le mois d'avril 1996 du projet Télépoly (télé-enseignement entre l'EPFL et l'ETHZ) et coordinateur du groupe "Multi-Media temps réel" (MBone) que s'est justifié ma participation.
Le congrès a réunit des responsables de l'industrie et des universités du monde entier. Le fait que l'Unesco en soit co-organisateur lui a donné l'envergure internationale, culturelle et scientifique. Les buts également humanitaires de cette organisation ont permis, grâce à son soutien logistique et financier, la participation de nations moins favorisées. Il est évident que la formation est une des clefs de l'émancipation des peuples et des hommes. Favoriser l'échange international en ce domaine est sans aucun doute l'intérêt de tous.
Concernant la session "New Technologies in Education", j'ai été surpris de constater combien est devenu primordial pour de nombreux pays l'investissement dans le télé-enseignement. La France a mis sur pied une structure de télé-enseignement sur tout le territoire national débordant aussi sur celui Européen. L'Italie retransmet sur une de ses chaînes de télévision de nombreux cours jusque là réservés aux Universités. L'Australie a dépassé le stade expérimental et forme actuellement à l'aide des technologies Multimedia certains de ses étudiants dans ses Universités. Les USA compte utiliser la technologie MBone pour faire du télé-enseignement. De nombreux pays technologiquement moins avancés espèrent beaucoup sur ces nouvelles technologies pour combler leurs manques cruels en professeurs.
Ce qui est caractéristique, c'est que chaque expérience est unique. Chaque pays a développé son propre concept de télé-enseignement. Sur ce point les échanges internationaux sont plus que nécessaires.
L'expérience de l'EPFL en ce domaine a suscité beaucoup d'intérêt de part sa structure relativement mobile, souple, évolutive et de coût relativement faible pour sa qualité audio-visuelle excellente. Le fait qu'elle s'appuie sur le réseau ATM, sans aucun doute le type de réseau du prochain siècle, constitue son attrait le plus saisissant. Le deuxième critère de qualité retenu vient que le concept développé à l'EPFL autorise les télé-conférences en temps réel, ce qui est difficilement réalisable avec les autres concepts présentés lors de cette table ronde.
Il est à noter que dans un proche avenir l'Europe devrait créer une chaîne TV du savoir. La Suisse et l'EPFL en particulier devrait dans son intérêt s'y intéresser. En particulier, envisager à partir du matériel offert par Télépoly la constitution de bandes vidéo retraçant certains cours.
Plusieurs idées ont pu germer grâce à cette expérience, en particulier sur les aspects pédagogiques et de configuration optimale d'une salle de télé-enseignement. Ces deux points semblent exiger une longue période de réflexion et d'essais, suivie d'évaluations poussées tant auprès du corps enseignants que du côté des étudiants. A ce propos, il est à noter que la petite évaluation concernant les aspects pédagogiques du projet Télépoly menée auprès des étudiants de l'ETHZ et de l'EPFL ne diffère pas beaucoup de celles pratiquées ailleurs: certains aspects du télé-enseignement font que la qualité de l'enseignement diminue.
Plusieurs échanges m'ont également permis d'aborder les problèmes du risque inhérent au télé-enseignement (cours officiel en conflit avec le problème des pannes en tout genre). Il semble que ce risque est accepté, pour certains cas particuliers, dans ce type d'exercice où l'informatique rejoint les réseaux inter-régionaux et parfois internationaux ainsi que la vidéo, l'audio et la pédagogie. Aucun système de télé-enseignement ne semble avoir résolu cet épineux problème. Les avantages du télé-enseignement dans certains cas (manque de professeurs, formation continue, manque de salles, étudiants malades...) sont considérés comme supérieur aux inconvénients qu'engendre une telle structure parfois fragiles bien que de haute technicité. En général, il ressort que le télé-enseignement est bénéfique seulement dans des situations où l'enseignement traditionnel n'est plus possible (surplus d'étudiants, formation continue pour adultes qui travaillent, problème des distances...). Toutes les expériences présentées à cette conférence ont fait l'objet d'une profonde réflexion qui a pris plusieurs années.
Pour ce qui concerne Télépoly, je répète ce que j'ai pu écrire dans mon rapport de mai 96 sur le sujet, il est évident que la structure actuelle ne permet pas d'assurer confortablement la retransmission de cours officiels. Ne pas voir cette évidence, c'est probablement aller à la catastrophe. Par exemple, quelle disposition (académique) prendre pour le cas où une retransmission ne peut se réaliser? Comment aborder la différence de qualité d'enseignement entre des étudiants qui auront à passer le même diplôme et dont certains d'entre eux seulement auront suivi les cours au travers d'une télévision? Quel disposition prendre en cas de recourt?
Je suggère plutôt de poursuivre l'expérience pour des télé-conférences, moins risquées, et de réfléchir calmement sur ce qu'est le télé-enseignement, ce qu'il peut apporter, si la structure Télépoly est adéquate ou non, si les coût en sont justifiables. Cette réflexion ne peut se réaliser convenablement que dans le cadre d'un groupe de travail réunissant des pédagogues, des professeurs, des ingénieurs et les personnes impliquées dans ce projet. Je répète encore que la direction doit statuer sur la place qu'elle veut donner au télé-enseignement. Il faut avoir une vision globale sur le sujet. Faut-il considérer Télépoly comme une expérience, un objet de recherche, ou bien comme une partie d'un projet à grande échelle devant répondre à des exigence de qualité? Quel sont les moyens à disposition pour cette dernière hypothèse? Quant aux coûts engendrés par la structure actuelle, ils sont bien supérieurs actuellement au prix qu'il faudrait payer pour dédoubler le cours retransmis. Il faut donc bien peser les avantages et les inconvénients du télé-enseignement.
De mon point de vue, la participation de l'EPFL à cette conférence a été bénéfique sur tout les points: mieux se faire connaître sur la scène internationale avec une expérience particulièrement intéressante, échanges d'expériences avec d'autres écoles et institutions internationales, contacts avec l'industrie émergente de ces nouveaux medias de communication, regard sur l'état actuel de ce nouveau type d'enseignement, réflexion sur les questions et difficultés qu'il entraîne inévitablement.
Il est à noter que toutes les structures de télé-enseignement présentées lors de cette table ronde participe dans tout les cas d'une expérience qui se poursuit. Chacun cherchant la meilleure formule, modifiant tel ou tel aspect, interrogeant constamment les étudiants, etc. Le budget et le personnel engagés dans ces expériences sont évidemment en rapport avec l'ambition affichée.
Le télé-enseignement ne vise pas à supplanter l'enseignement. Il vise toujours a apporter un plus. Par exemple, pour la formation continue (typiquement des adultes travaillant la journée et préférant suivre un cours depuis chez eux plutôt que d'avoir à se rendre à l'Université, mères au foyer...), pour des étudiants immobilisés chez eux pour des raisons de santé ou autre, etc. Pour l'EPFL, l'ETHZ et la Suisse en général, et avec une structure améliorée et pensée dans le cadre spécifique de l'enseignement ou celui de la télé-conférence, un des plus pourrait porter sur les différences linguistiques. Des cours retransmis à l'EPFL en allemand par exemple pourrait favoriser l'échange des étudiants de langue différente et participer à la cohésion de la Suisse. Dans ce cas, une étude sérieuse doit être menée à ce sujet.
Le deuxième point qui me semble intéressant pourrait être l'échange international avec d'autres Universités. Quelques expériences en ce domaine pourraient être menées à bien d'ici quelques années. Il est évident que pour ce type d'opération une toute autre structure organisationnelle devrait être mis en place. Quant à la question économique (gain en place de professeur), il semble qu'il faille l'écarter. L'avantage du télé-enseignement, à mon avis comme celui de plusieurs participants à la conférence, ne doit pas se poser en ces termes. Le télé-enseignement est un moyen technique qui permet de répondre surtout aux difficultés qu'entraînent dans certains pays le nombre croissant d'étudiants auquel les grandes institutions ne peuvent plus répondre, ou bien d'améliorer la condition difficile des cas particuliers cités plus haut. Il devrait favoriser ainsi l'accès au savoir au plus grand nombre, les pays moins favorisés l'ont bien pressentis.