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FI 6 /2002

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Histoire de l'informatique

L'EPFL héberge le musée Bolo

 

Pierre Mounier-Kuhn, mounier[AT]msh-paris.fr, Centre Roland-Mousnier, CNRS et Université Paris-Sorbonne Pierre Mounier-Kuhn

Note de la rédaction

A l'occasion de l'inauguration du musée Bolo dans les locaux INJ et INM de la faculté I&C de l'EPFL, nous avons rencontré Monsieur Pierre Mounier-Kuhn et lui avons proposé de s'asseoir devant un Macintosh de la dernière génération pour nous conter l'histoire des calculateurs. Nous le remercions pour s'être très gentiment prêté à ce jeu pour nos lecteurs.

Exposer des machines à calculer, ou écrire leur histoire, c'est une préoccupation presqu'aussi ancienne que les machines à calculer elles-mêmes.

La raison en est simple: les inventeurs du XIXe siècle, comme Didier Roth ou Thomas de Colmar, qui ont commencé vers 1850 à faire fabriquer en (petite!) série leurs additionneurs-automates et autres arithmomètres, ne faisaient que perfectionner des systèmes dont les principes remontaient soit à Pascal, soit à Leibniz. Du point de vue à la fois commercial et intellectuel, il était avantageux de faire valoir cette filiation en publiant des notices qui expliquaient l'évolution des machines à calculer: celle-ci, initiée par ces prestigieux génies mathématiques, aboutissait 200 ans plus tard à des appareils modernes, fiables et faciles d'emploi, que la mécanique de précision industrielle pouvait enfin mettre à la portée des ingénieurs des chemins de fer, des officiers d'artillerie et des actuaires des compagnies d'assurance. Un siècle plus tard, de jeunes ingénieurs comme Aiken ou Wilkes, cherchant des appuis pour entreprendre la construction des premiers grands cerveaux électroniques, auront le même réflexe et présenteront leurs projets comme la réalisation du concept de Babbage, afin de gagner en crédibilité.

Les musées techniques, établis dès cette époque (Musée des Arts-et-Métiers, Science Museum de Londres, Deutsches Museum...) dans le triple but de contribuer à la formation des techniciens, de diffuser la culture technique dans le public le plus large et d'affirmer la fierté nationale à travers la capacité d'innovation, avaient de leur côté commencé à réunir des collections d'outils et de machines à calculer: bouliers, abaques, règles de Neper, ainsi que les machines modernes dont les prototypes y étaient déposés en même temps que les brevets. C'est généralement comme instruments scientifiques, témoins de l'histoire des mathématiques, que ces ensembles furent réunis, au voisinage des instruments de mesure ou de navigation. Le catalogue de l'exposition de machines à calculer organisée en 1942 au Conservatoire des Arts-et-Métiers, à Paris, en est un bon exemple.

Lorsque les objets informatiques sont entrés à leur tour dans les musées, au cours des années 1980, ce fut dans un esprit tout différent: comme éléments du patrimoine industriel et comme symboles d'une révolution dans les rapports entre l'homme, la machine et la pensée. On venait de vivre la fin des Trente Glorieuses, de ces décennies d'expansion et de progrès où l'on commençait à percevoir une troisième révolution industrielle caractérisée par la montée en puissance des technologies de l'information.

Les pionniers du calcul électronique arrivaient à l'âge de la retraite et souhaitaient naturellement présenter un bilan de leur oeuvre, mieux comprendre cette immense aventure dont ils avaient été les acteurs, et en communiquer le goût aux générations futures.Un goût nouveau pour l'histoire des techniques apparaissait, ainsi qu'une prise de conscience que le progrès accéléré de ce domaine risquait d'en reléguer les souvenirs matériels aux oubliettes de l'histoire.

Combien d'entreprises ont conservé leurs archives, à travers déménagements, restructurations et changements manageriaux ?

Apple IIe (1983) - Musée Bolo   

Combien de laboratoires et d'établissements scientifiques ont fait l'effort de sauvegarder ces vieilles bécanes, si coûteuses à l'achat, si rapidement obsolètes et si encombrantes ? Bien peu hélas, ce qui rend d'autant plus précieuses les collections qui subsistent aujourd'hui, et d'autant plus méritoire la persévérance de leurs initiateurs.

Musées et collections

Les principales collections consacrées à l'informatique, en Europe (comme aux Etats-Unis), se trouvent dans des entreprises, des associations et des musées.

Les entreprises ont souvent gardé, comme témoignage de leur savoir-faire, un exemplaire de chacun de leurs anciens produits. Ainsi, l'usine IBM de Corbeil-Essonnes, près de Paris, possédait une série de machines mécanographiques et de vieux ordinateurs, que l'on sortait parfois pour une exposition. Chez Bull, des dirigeants éclairés avaient lancé à la fin des années 70 une opération de récupération de matériels anciens et de constitution d'archives historiques, poursuivie avec ardeur par la Fédération des Equipes Bull; la FEB est aujourd'hui en mesure d'organiser des expositions et de présenter en état de marche des ensembles mécanographiques restaurés, comme la tabulatrice T 30 de 1934, désormais classée par le Ministère de la Culture à l'inventaire national du patrimoine industriel.

Wang 2200 (1977) - Musée Bolo   

Certains industriels ont traduit leur passion pour leur métier en collectionnant des matériels de toutes marques. En Allemagne, Nixdorf avait ainsi réuni une remarquable collection de machines de gestion, devenue le noyau du Heinz Nixdorf Museumforum à Paderborn (Westphalie), qui sur cette base organise séminaires et colloques sur l'histoire de l'informatique.

L'équipe du Professeur Jean-Daniel Nicoud du LAMI, laboratoire de l'EPFL, fut à l'origine de cette machine de traitement de texte portable Scrib pour Bobst Graphic (1980) - Musée Bolo

Les associations ont souvent joué un rôle décisif de sensibilisation, de lien entre les techniciens, les archivistes et les historiens, et parfois de sauvetage des matériels - tâche écrasante quand elles ne bénéficie pas du soutien d'une institution (entreprise ou établissement d'enseignement supérieur). Citons en France l'ACONIT (Grenoble) et l'AHTI (Paris), en Allemagne Historische BüroWelt, en Angleterre la Computer Conservation Society qui publie un excellent bulletin, Resurrection. En Italie, la fondation Adriano Olivetti conserve les archives de cette firme.

Quand aux grands musées, déjà évoqués ci-dessus, ils ont orienté leur action dans deux directions:

•   transformer la présentation des objets, jusqu'ici essentiellement techniciste, pour mieux faire comprendre les relations entre technologie, société et usages;

•   limiter le flot grandissant de donations, qui menacent de déborder les réserves, en définissant une politique de partenariat avec les collections privées ou associatives.

Nous nous trouvons maintenant dans une situation où une coordination des collections, des efforts de sauvegarde, des inventaires et des analyses historiques devient nécessaire, au moins à l'échelle européenne et avec les outils que nous offre l'informatique,... celle d'aujourd'hui.

Musée Bolo

Pour toute donation de matériel informatique antérieur à 1985 ou pour tout renseignement à propos du Bolo's Computer Museum

Yves Bolognini

Web: http://www.bolo.ch

E-mail: museum[AT]bolo.ch ou yves[AT]bolo.ch


© Flash informatique no 6/2002, 1015 Lausanne, tél. 021 69 322 11, fi[AT]epfl.ch
http://ditwww.epfl.ch/SIC/SA/publications/FI02/fi-6-2/6-2-page2.html
mise à jour: hrb/3.7.02