Internet sauvera-t-il l'Afrique?

par Jean-Jacques Dumont, SIC-Logiciels

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Le but du jeu

Pour paraphraser Woody Allen: «L'humanité est à la croisée des chemins: d'un côté, la lente descente vers la misère et la famine universelle; de l'autre, la destruction totale et rapide de la planète. Espérons que nos décideurs feront le bon choix.»

Heureusement, notre optimiste invétéré semble ignorer l'existence du Zorro qui peut encore intervenir in extremis: Internet, la vraie et dernière chance de sauvetage, en tous cas pour les pays aujourd'hui en marge de l'économie. Pour eux, ce quasi-miracle représente une opportunité unique de retrouver leur dignité et de participer d'égal à égal aux efforts qu'il est maintenant indispensable de déployer pour enrayer cette implacable mécanique.

Illusoire? Absolument pas.

Un grand nombre d'organisations gouvernementales, et surtout non-gouvernementales, investissent actuellement des sommes colossales pour des actions humanitaires ponctuelles, nécessaires certes mais sans conséquences pour le développement futur des peuples concernés. Une analyse rapide suffit à se rendre compte qu'une fraction de ces investissements serait suffisante pour établir un réseau d'accès à Internet, donc à toutes les connaissances du monde, dans les régions les plus isolées et les plus défavorisées, en ayant recours aux technologies sans fil (satellites et réseaux cellulaires). L'existence d'un tel réseau de télécentres ou de stations-services, qui donnerait aux petites entreprises locales, aux écoles et à la population en général les moyens de s'aligner par rapport à leurs homologues des pays technologiquement avancés, permettrait d'améliorer rapidement la qualité de l'enseignement, et dans un deuxième temps de développer un tissu économique souple, dynamique et surtout compétitif et indépendant.

Comme en Europe, l'obstacle majeur pour un tel déploiement n'est ni technique ni financier, mais socio-politique:

Par exemple, la Somalie est actuellement le pays d'Afrique probablement le plus pauvre, mais où le coût des communications internationales est le moins élevé. La raison: l'absence momentannée de gouvernement a permis à une entreprise privée de créer un service de communications par satellite d'une excellente qualité.

Alors, tout est perdu? Absolument pas.

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Les premiers efforts

Dès avant l'explosion d'Internet que nous connaissons actuellement, divers organismes avaient pu créer des services de communication par courrier électronique dans les plupart des pays d'Afrique, en utilisant soit la technologie Fidonet, qui a l'avantage de fonctionner sur des lignes téléphoniques même de mauvaise qualité, soit le protocole UUCP. Fidonet et UUCP permettent aujourd'hui de dialoguer avec le système de courrier électronique d'Internet (smtp). Les principaux responsables de ces premiers pas sont:

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Et maintenant?

Se basant sur ces réalisations initiales, un effort de passage à des services Internet complets vient d'être entrepris par l'UNITAR (Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche), en collaboration avec l'ORSTOM, le RINAF et l'UIT (Union Internationale des Communications). Et il y a du boulot en perspective, car actuellement seuls quatre pays sub-sahariens disposent d'une connexion full Internet:

La multiplication de tels points de connexion primaires devrait pouvoir être facilitée par l'adoption du système VSAT (Very Small Aperture Terminal satellite system), permettant l'utilisation d'une bande passante réduite (64 Kb/s) mais peu coûteuse. Ainsi, la Fondation américaine VITA (Volunteers in Technical Assistance) a-t-elle obtenu le droit d'utiliser dans ce but le satellite FAISAT (Financial Analysis Inc. Satellite) qui devrait être lancé au début de cette année.

Et ce n'est qu'un début. Le projet Iridium de Motorola devrait débuter en 1998, suivi (ou précédé?) par le projet Teledisc de Microsoft et McCaw Cellular Communications. Tous deux visent à assurer une couverture satellite/cellulaire de la planète entière: des satellites à orbite basse communiquent entre eux et avec les stations terrestres, ces dernières prenant le relais pour arroser leurs cellules géographiques respectives. AT&T de son côté continue de croire au câble, puisque leur intention d'investir un milliard de dollars pour créer un anneau de fibre optique sous-marine autour de l'Afrique a été annoncée. Début des travaux prévu en 1999. Mais cela, c'est vraiment de la musique d'avenir...

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Plus près de nous

En attendant ces mirobolantes réalisations que nos chers amis yankees nous concoctent, comment faire avancer le schmillblick avec les ressources dont nous pourrions disposer plus directement? C'est à peu près la question que se sont posé les initiateurs du DevSIG (Development Special Interest Group) de l'Internet Society, Chapitre genevois.

Ce groupe vient d'être formellement créé, avec Ben Segal du CERN comme coordinateur, et des membres appartenant essentiellement aux organisations internationales basées à Genève (UIT, OMS, CERN, ONU, IATA...). Il entend soutenir et coordonner les diverses initiatives visant à créer des services Internet dans tous les pays en voie de développement, et en particulier en Afrique, qui est le continent le plus menacé d'exclusion par rapport à l'évolution des économies et des sociétés. Un premier résultat pratique est la création d'une antenne mobile en Ouganda, où ont été expédiés deux camions Unimog transportant PC, modems, imprimantes, CD-Roms, photocopieuses, fax et groupe électrogène afin d'initier les écoles et hopitaux de la région de Kampala aux bienfaits des technologies de communication multimédia et de sensibiliser les décideurs. Jusqu'à présent, le gouvernement Ougandais n'a rien fait pour décourager cette initiative!!

D'autres actions du même type devraient se succéder. Ainsi, l'association ICAD (Imaginer et Construire l'Afrique de Demain), qui compte des membres du monde entier appartenant à la disapora africaine a lancé le projet ROUSAS (Réseaux ouverts d'universitaires au service de l'Afrique Subsaharienne). Un des objectifs concrets de ce projet est de multiplier les antennes Internet fixes ou mobiles, en commençant par les sites de Dakar et Cotonou, où la situation semble être propice.

Pour plus de renseignements concernant ICAD et ROUSAS, on pourra s'adresser à leur coordinateur: Edgar Gnansounou (EPFL-LASEN). L'auteur de ces lignes se fera d'autre part un plaisir de répondre à vos interrogations sur les activités africaines de l'Internet Society, dont il est membre.

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des FI 96

FI-1 du 23.1.1996