FI1/98

Internet: des numéros et des noms

par Jacques Virchaux, SIC

Tout réseau qui se respecte se doit de tenir une nomenclature des équipements qui y sont raccordés. Le plus simple consiste à les numéroter. Une numérotation simpliste convient bien à de petits ensembles mais pour Internet, un système un peu plus complexe a été imaginé dans le cadre du protocole TCP/IP.

Les classes

En partant de l'idée qu'Internet est un ensemble de réseaux interconnectés, il a été décidé de former trois classes (A, B et C) de réseaux avec le même schéma de numérotation composé de 4 bytes (www.xxx.yyy.zzz), chacun pouvant avoir une valeur comprise entre 1 et 254:

87.116.34.5 Classe A

128.178.15.8Classe B

193.59.30.135Classe C

La partie en gras (premier groupe de bytes) représente le numéro de réseau la seconde étant le numéro d'ordinateur, le tout constituant l'adresse IP. Une révision prochaine de cette numérotation (projet IPv6) permettra d'accroître encore le nombre de possibilités... et de là d'ordinateurs connectés.

Un équipement (ordinateur, imprimante...) doit donc obligatoirement posséder un numéro pour être reconnu sur le réseau Internet. L'attribution de classes (ou de partie de classe) a passé d'un organisme central unique à une structure distribuée. C'est avant tout le fournisseur d'accès qui va se préoccuper d'obtenir ces groupes d'adresses pour les attribuer à ses clients par la suite, de façon unique.

Les noms

Partant du principe qu'un nom est plus facile à retenir qu'une suite de chiffres, un système de nommage a été mis sur pied pour faire correspondre l'adresse IP numérique à un nom IP. La première structure hiérarchique, imaginée aux USA, a été basée sur la différenciation des catégories d'utilisateurs:

comCommercial
eduEducation
govGouvernemental
intInternational
milMilitaire
netRéseau
orgOrganisation

Comme pour l'adresse IP, le nom se structure en groupes de caractères, de longueurs variables, séparés par un point (par exemple, ordinateur.subdomain.domain).

Ces catégories, appelées «top-level domains» sont vite apparues insuffisantes et il a été nécessaire de les compléter par les codes pays à 2 lettres dès qu'Internet s'est fortement déployé hors des USA :

au Australie
be Belgique
ca Canada
ch Suisse
de Allemagne
fr France
jp Japon
...

Sous peu, de nouveaux domaines vont se développer avec à nouveau une différenciation par catégories d'utilisateurs.

Le DNS

Le Domain Name Service est le système qui permet de faire la traduction entre les noms et les adresses. Il est organisé de façon hiérarchique pour garantir également l'unicité des noms. Sa structure ressemble à un répertoire d'ordinateur à plusieurs niveaux :

Le domaine «root», abrégé en «.», correspond au sommet de l'arbre. Chaque domaine est responsable de toute la hiérarchie au-dessous de lui. En Suisse, c'est SWITCH qui attribue les noms de domaines pour «ch» (par exemple, «epfl.ch»). A l'EPFL, un «Name Server» (en fait deux machines) permet de faire la traduction d'un nom «pc2.epfl.ch» en une adresse numérique «128.178.15.144». Il permet aussi de se référer à l'autorité supérieure pour trouver le serveur de noms capable de traduire des adresses hors du domaine.

Pour la gestion d'un domaine «xxx.ch», il est nécessaire d'avoir au moins un «Name Server». Cependant, un serveur peut gérer plusieurs domaines sur la même machine physique. Des fournisseurs se proposent de gérer votre nom de domaine, voire d'en faire la demande pour vous au centre NIC (Network Information Center). Celui-ci se trouve à http://www.nic.ch/ et gère les domaines «ch» et «li».

Les alias

A une adresse numérique un nom unique principal peut être affecté (ce n'est pas une obligation). Souvent des alias correspondent à la même adresse numérique, ceci pour permettre de gérer deux entités sur une seule et même machine. Il est ainsi possible d'avoir un ordinateur avec comme nom principal «venus.domain.ch» ayant, par exemple, comme alias «www.domain.ch» et «mail.domain.ch». Il pourra ainsi être appelé avec son premier alias pour des applications concernant le serveur Web et avec son second pour tout ce qui touche au courrier électronique. Pour l'utilisateur cela est souvent plus facile à retenir.

Par contre, s'il faut gérer deux serveurs Web avec deux noms différents sur le même ordinateur, il faudra généralement deux adresses IP pour permettre au serveur de faire la séparation des requêtes (même s'il s'agit d'une seule et unique interface physique de raccordement au réseau). Certains serveurs arrivent à faire la séparation des requêtes sur l'URL, mais cela est encore rare.

Les adresses dynamiques

Pour un fournisseur d'accès, les adresses IP ne doivent pas être gaspillées et, pour pouvoir offrir Internet à de nombreux clients, il utilise souvent un système permettant d'attribuer des adresses de façon dynamique. Du côté client, l'ordinateur doit également être capable de s'attribuer l'adresse fournie. Cela est d'autant plus facile qu'il s'agit, dans la grande majorité des cas, de machines isolées de type PC ou Mac (pour les machines Unix, la configuration n'est pas toujours triviale). Ce sont donc les ports de connexion qui ont leur propre adresse qui est assimilée à celle de la machine distante.

Pour des mini-réseaux qui se connectent, des solutions existent maintenant pour satisfaire aux exigences du client comme du fournisseur, de manière dynamique. Par contre, pour avoir un serveur atteignable en permanence, il est obligatoire d'obtenir une adresse fixe, ceci même si la connexion est dynamique (liaison téléphonique établie sur demande).

L'acheminement du courrier électronique

Le cas particulier du «Name Server» pour cette application permet de savoir quel ordinateur est capable d'acheminer le courrier pour la partie à droite du signe «@» de l'adresse e-mail (qui peut parfois être un nom d'ordinateur). En principe, un serveur unique au domaine peut se charger de cette tâche, mais il peut y avoir plusieurs systèmes d'acheminement, voire même un pour chaque machine (avec les systèmes Unix). Les systèmes d'expédition de courrier électronique reçoivent le ou les noms de machines (avec un degré de préférence) capables d'acheminer les messages.

Par exemple, on peut définir que, par défaut, tous les messages qui sont adressés au domaine «epfl.ch» soient envoyés à «sicmail.epfl.ch» qui se chargera de la distribution interne, avec la possibilité de résoudre des adresses logiques du type «Jacques.Virchaux@epfl.ch».


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© FI-1 du 3 février 1998